Humeurs en vrac d'une chroniqueuseSaint-Adalbert, Saint-Marcel, Saint-Omer, Saint-Pamphile, Sainte-Félicité, Sainte-Perpétue, Tourville

Humeurs en vrac d’une chroniqueuse

Par Journal l'Écho d'en Haut le .

L’oubli.

Je regarde ses yeux perdus derrière un voile de larmes et je comprends qu’il sait que je sais.  J’ai pu observer depuis un moment quelques stratégies mises en place pour cacher les lacunes de sa mémoire.  Ce qu’il ne sait pas, c’est que son regard, lui, ne ment pas.  Lorsqu’il fouille dans ses souvenirs, ses yeux s‘embrument, il fixe le vide et fronce des sourcils comme pour concentrer ses efforts de recherche.  Parfois les idées se mettent en place rapidement et le sourire revient aussi vite que les choses qu’il voulait dire, puis, il se dépêche à me les communiquer.  D’autres fois, l’esprit ne coopère pas du tout et le flux de paroles fluides fait place à une enfilade de mots qui n’ont pas de sens les uns à la suite des autres.

 Sa maison, comme sa tête, est un fouillis, j’aurais dû comprendre avant que tout ce désordre cachait une tempête naissante et que je devais agir pour essayer de l’en préserver.  Dans chaque recoin, on trouvait des notes, datées, qui, au fil du temps, devenaient de plus en plus illisibles.  Sa belle main d’écriture est désormais tremblante et les notes écrites portent sur des petites choses anodines.  Le genre de choses que l’on ne note pas quand tout va bien tels que l’heure des repas et les numéros de téléphone de ses proches, numéros qu’il connaissaient pourtant par cœur il n’y a pas si longtemps.            

Dans quelques tiroirs secrets, j’ai trouvé des morceaux de sa vie, des petits bouts d’histoire qu’il s’était cachés comme le petit poucet pour pouvoir un jour refaire à rebours le chemin sur son passé lointain.  Je les ai sortis et je l’observe les redécouvrir avec émotion.

Ses goûts vestimentaires sont éclectiques, la fierté d’hier a maintenant fait place à un lâcher prise qui donne lieu à des mélanges de couleurs et de textures pas toujours heureux, mais lui, il se trouve beau.  Il mange avec goût les aliments qu’il détestait avant. Il a perdu un peu de sa pudeur d’antan et ça donne de drôles de conversations parfois salaces et souvent très drôles.

 La vie semble tellement plus simple lorsqu’on oublie toutes les convenances et l’étiquette.  Mais malgré tout, j’ai hâte au jour où il ne se rappellera plus que je sais et que le voile de larmes derrière ses yeux aura à jamais disparu. 

N.D.L.R. : Cette chronique « Humeurs en vrac d’une chroniqueuse », sera publiée mensuellement dans votre journal. Nous avons eu l’idée de lancer cette chronique qui se veut un moment de lecture amusant, de réflexions et d’échanges sur différents sujets mélangés d’émotions de la vie quotidienne.

Je vous invite à partager vos réflexions en vous rendant sur notre site Internet : echodenhaut.org,  cliquez sur l’onglet « Chroniques » et choisissez celle que vous voulez lire et/ou commenter.

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2 commentaires

Marie-Eve dit :

Touchant et vrai , j’y ai reconnu ma mère dans ce texte

Diane Bérubé dit :

Cette chronique nous fait beaucoup réfléchir et touche plusieurs personnes !!

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