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Chronique : « La mémoire en partage »

Par Journal l'Écho d'en Haut le dans Chronique, Famille.

Chronique à la découverte de notre histoire, de notre patrimoine, de nos racines

Nous vous invitons à découvrir avec nos témoins collaborateurs l’histoire de notre coin de pays : les familles établies dans nos municipalités, les évènements qui les ont marquées, leur savoir, les anecdotes gravées dans leur mémoire. Des comités s’organisent pour souligner en 2019 le centième anniversaire de la paroisse Saint-Clément de Tourville et le 150e de celle de Sainte-Perpétue. Une belle occasion pour sortir des coffres et des tiroirs des trésors précieux, photos, lettres, documents, objets… À partir de vos commentaires et documents, nous complèterons les informations et rédigerons des articles. À vous de nous partager vos découvertes!

Nous inaugurons cette nouvelle chronique inspirée des confidences de M. Charles Leblanc de Sainte-Perpétue, qui a voulu rendre hommage à certains membres de sa famille, par devoir de mémoire et de respect.

Permettez-moi de vous présenter la lignée de Barthélémi Le Blanc, mon grand-père paternel, marié à Azéline Lizotte, le 3 mai 1900 à Sainte-Perpétue, fils de Charles Le Blanc, marié à Saint-Aubert à Adèle Caron, et lui-même descendant de Jean Le Blanc, né en Normandie, France.

Charles Le Blanc est celui qui a construit la première église de Sainte-Perpétue et le premier presbytère. Azéline et Barthélémi étaient cultivateurs. Ils ont élevé leur famille au rang Taché Ouest. La maison de ferme était située dans la petite côte, passé le « détour du Rocher » qui a aujourd’hui été redressé. Ils ont eu 17 enfants. Plus de filles que de gars. Ils ont tous travaillé aux champs. C’était le temps où l’on défrichait les terres pour rendre cela cultivable. Les gars fauchaient à la petite faux, les filles râtelaient au petit râteau.

Grand-maman Azéline était une femme très fière et propre. Les filles ont hérité de leur mère. Grand-papa Barthélémi était plus indifférent ou relaxe mais très recevant. Il était sourd; quand il voulait qu’on répète, il se mettait la main derrière l’oreille, pour mieux comprendre. De mes grands-parents, un souvenir me revient… J’avais quatre ans, nous étions allés nous faire garder, ma sœur Anita, mon petit frère Conrad et moi, chez grand-papa. Ma mère accouchait à la maison de son neuvième enfant, un garçon né prématuré; il pesait à peine trois livres. Un souvenir d’un plat que ma grand-mère avait préparé pour le repas : des patates pilées mélangées avec beaucoup de creton! Je m’en souviens encore comme si c’était hier, que c’était bon! Irène, la plus jeune des tantes, était encore à la maison. Un peu «agaçante », comme les Leblanc; elle me taquinait souvent… Elle me disait : « Aimerais-tu ça rester ici? ». Je lui avais répondu : « Oui! Mais pas toute ma vie! » Elle m’a bien souvent taquiné avec cela après…

Un cas spécial : grand-papa avait un frère, Norbert, qui demeurait à trois milles plus loin dans le rang, dans une maison située presqu’en face de celle de mes parents, dans ce bout de rang où nous restions. Il y avait de 15 à 16 familles qui avaient chacune de huit à quinze enfants. Presque tous apparentés : frères et sœurs, cousins et cousines. Nous y avions même une fromagerie et une école avec deux classes de 20 à 25 enfants chacune. Une église devait y être construite mais finalement, on a décidé de la construire dans l’autre rang. Pour la construction des granges, on s’entraidait. Un jour, un bête accident arriva… Norbert tomba d’un bâtiment en construction; avec une côte cassée qui lui perfora un poumon, il en décéda à seulement 37 ans le 9 septembre 1911. Son épouse, Amanda Pelletier, qui avait dix enfants, devenue veuve, on lui présenta un M. Eugène Lord de Saint-Cyrille; veuf, il avait lui aussi dix enfants. Ils se sont mariés et sont venus rester au rang Taché. Ensemble, ils eurent quatre autres enfants, donc 24 au total dans la même maison! De ces deux familles réunies, trois membres se sont mariés entre Leblanc et Lord.
Telles étaient les familles en ce temps-là, nombreuses, tissées serrées et courageuses.

Dans un prochain numéro, je vous ferai découvrir les trois femmes centenaires de ma famille et leurs destins particuliers dans le contexte de leur époque.

Charles Leblanc

Photo à la une : Une partie de la famille de M. Berthélémi Le Blanc et Mme Azéline Lizotte.